
Prendre soin des équipes, un enjeu crucial pour les organisations publiques
Dans le secteur public, où les missions de service aux citoyens s'accompagnent souvent de contraintes budgétaires et de charges de travail importantes, le stress professionnel représente un défi majeur. Savoir identifier précocement les signaux d'alarme chez les collaborateurs et les collaboratrices devient une compétence essentielle pour préserver la santé des équipes et maintenir la qualité du service public.
Pourquoi la détection précoce est-elle si importante ?
Le stress chronique s'installe progressivement ; il n'arrive pas du jour au lendemain. Dans les administrations publiques, où la culture du dévouement est forte, les collaborateurs et collaboratrices ont parfois tendance à minimiser leurs difficultés ou à considérer le surmenage comme une fatalité. Pourtant, ignorer les premiers signes peut conduire à des situations graves : épuisement professionnel, arrêts maladie prolongés, voire démissions.
Une personne stressée, c'est aussi une qualité de service qui se dégrade, des erreurs plus fréquentes et une ambiance d'équipe qui se détériore. En détectant tôt les signaux d'alarme, les managers et collègues peuvent agir avant que la situation ne devienne critique.
Les signaux du stress à surveiller
Les manifestations du stress professionnel sont multiples et varient d'une personne à l'autre.
Sur le plan comportemental, soyez attentif aux changements notables : un collaborateur habituellement ponctuel qui accumule les retards, une personne sociable qui s'isole progressivement, une perte d’enthousiasme pour les projets ou encore une augmentation des absences de courte durée. L’épuisement mental est souvent lié à une perte de sens dans le secteur public, car les personnes qui travaillent dans le secteur public ont souvent choisi ce secteur pour ses valeurs. Or perdre le lien avec ses valeurs et le sens, c’est perdre son carburant interne.
Les signes émotionnels sont tout aussi révélateurs. Une irritabilité inhabituelle qui se manifeste par couper la parole en réunion, être agacé par la moindre question, répondre sèchement, réagir de manière disproportionnée face à des contrariétés, ou au contraire un désengagement émotionnel total doivent alerter. L’irritabilité est un symptôme classique de l’épuisement professionnel. Ce n’est pas votre personnalité qui change mais votre système nerveux qui est en surchauffe. Quand votre réservoir émotionnel est vide, vous n’êtes plus en mesure d’accueillir les besoins des autres. C’est ainsi que l’on voit se détériorer la confiance au sein des équipes, augmenter les tensions, se créer un climat anxiogène qui va engendrer encore plus de difficultés à gérer.
Sur le plan physique, la fatigue persistante, les maux de tête fréquents, un système immunitaire affaibli, les troubles du sommeil ou les problèmes digestifs récurrents constituent des indicateurs importants. Dans les services publics où l'accueil du public est constant, ces symptômes peuvent particulièrement affecter la capacité à maintenir une relation de qualité avec les usagers et les usagères.
Conseils pratiques pour les managers et collègues
La première étape consiste à créer un environnement où parler de ses difficultés n'est pas perçu comme une faiblesse. Organisez des entretiens individuels réguliers, pas uniquement centrés sur les objectifs professionnels, mais aussi sur le vécu au travail. Posez des questions ouvertes : "Comment te sens-tu dans ton poste actuellement ?" ou "Qu'est-ce qui te pèse le plus en ce moment ?"
Formez-vous et formez vos équipes aux risques psychosociaux. De nombreuses organisations proposent des sessions de sensibilisation qui permettent de mieux comprendre les mécanismes du stress et d'identifier les situations à risque.
N'attendez pas que la situation soit critique pour agir. Un simple ajustement de la charge de travail, une réorganisation temporaire des missions ou la mise en place d'un soutien par un pair peuvent suffire à éviter une dégradation.
Enfin, rappelez régulièrement l'existence des ressources disponibles : service RH, médecine du travail, cellules d'écoute. Ces dispositifs, présents dans la plupart des organisations publiques, restent trop souvent méconnus ou sous-utilisés.
Au final
Détecter les signaux d'alarme du stress n'est pas une compétence réservée aux professionnels de la santé. C'est une responsabilité collective qui engage managers, collègues et l'organisation dans son ensemble. Dans le service public, où l'humain est au cœur de la mission, prendre soin de ceux qui servent la collectivité est un impératif éthique, et c'est aussi la garantie d'un service de qualité.
