Comment le télétravail peut renforcer l'implication

Comment le télétravail peut renforcer l'implication

Comprendre les 3 dimensions de l'engagement en mode hybride et optimiser l'organisation du travail dans votre administration

Le secteur public reste prudent face au télétravail. De nombreuses administrations hésitent encore : culture du présentiel ancrée, interrogations sur le maintien de la qualité du service, crainte de perte de contrôle, collaboration rendue difficile. Pourtant, un télétravail bien encadré, partiel et réfléchi, peut renforcer l'implication des collaborateurs et collaboratrices plutôt que de l'affaiblir.

L'implication au travail n'est pas la motivation. La motivation pousse à agir, l'implication est le résultat d'une expérience vécue : la relation vivante et évolutive qui se tisse entre le collaborateur ou la collaboratrice et son travail, mobilise l'individu dans toutes ses dimensions intellectuelle, émotionnelle, affective. En s'appuyant sur les trois composantes de l'implication identifiées par Buchanan (identification, engagement, loyauté), explorons comment le télétravail partiel, correctement organisé, peut même optimiser cette implication dans le service public.

Identification : préserver la fierté d'appartenance au service public

L'identification se vit quand il y a congruence entre les buts et valeurs de l'organisation et ceux du collaborateur ou de la collaboratrice. C'est ce qui fait dire "je suis fier de contribuer à cette mission publique". Cette identification est réconfortante, elle ancre la persone dans une identité collective qui dépasse son travail individuel.

Le risque du télétravail : Le travail à distance peut affaiblir le sentiment d'appartenance quand le collaborateur ou la collaboratrice perd contact avec le lieu, les collègues, les usagers. Il devient plus difficile de se situer dans l'ensemble, de comprendre l'impact de son travail sur les citoyens.

Comment le télétravail partiel optimise l'identification :

Le mode hybride (1-2 jours télétravail) permet le meilleur des deux mondes. Les jours de télétravail offrent concentration et autonomie pour les tâches complexes. Les jours au bureau créent les moments essentiels de connexion : réunions d'équipe, échanges informels, contact avec les usagers.

Conditions de réussite :

  • Définir des jours de présence collective : Toute l'équipe au bureau les mardis et jeudis, par exemple, garantit les interactions régulières
  • Ritualiser les moments collectifs : Réunion hebdomadaire en présentiel où on rappelle la mission, partage les réussites, célèbre l'impact sur les citoyens
  • Communication managériale renforcée : En mode hybride, le manager doit être plus intentionnel, ce qui pousse à un meilleur partage des décisions stratégiques et des témoignages de reconnaissance du travail de l'équipe

Engagement : l'autonomie comme levier d'investissement maîtrisé

L'engagement est une projection, un investissement psychologique volontaire. C'est choisir librement de consacrer temps et énergie à son travail parce qu'on y trouve du sens. L'engagement se traduit par des initiatives, de la créativité, le dépassement du strict minimum.

Le double piège du télétravail : Sans cadre, certaines presonnes se désengagent silencieusement (invisibilité du relâchement), d'autres tombent dans le surtravail (peur d'être jugé, difficulté à déconnecter, emails à 22h).

Comment le télétravail partiel optimise l'engagement :

L'autonomie offerte par le télétravail est un puissant levier d'engagement quand elle est accompagnée d'un cadre clair. Les collaborateurs et collaboratrices responsabilisé.es, traités en personnes capables de s'organiser, développent souvent un engagement renforcé. Elles et ils apprécient la confiance accordée, la flexibilité pour gérer leurs contraintes personnelles, la possibilité de travailler efficacement sans interruptions, la suppression des trajets.

Le mode hybride permet de bénéficier de cette autonomie tout en gardant des moments de régulation collective qui évitent les dérives.

Conditions de réussite :

  • Management par objectifs, pas par contrôle : Définir clairement les livrables attendus, peu importe le lieu de travail
  • Cadre explicite sur les horaires : "Vous télétravaillez de 8h à 17h avec pause déjeuner, pas de connexion attendue en dehors de ces heures"
  • Droit à la déconnexion respecté : Le manager montre l'exemple en ne sollicitant jamais les collègues le soir ou le week-end
  • Valoriser les résultats, pas le temps : Féliciter la qualité du travail, jamais le fait de répondre aux emails tard

Loyauté : cultiver l'attachement malgré la distance

La loyauté est un attachement affectif qui reflète le désir de rester. C'est un lien émotionnel construit au fil des expériences positives : reconnaissance, qualité des relations, sentiment d'être soutenu. Cette loyauté fluctue car nous sommes des êtres d'émotions.

Le risque du télétravail : L'isolement peut transformer la relation au travail. Si le collaborateur ou la collaboratrice se sent seul.e, moins soutenu.e, déconnecté.e de son équipe, sans lien affectif fort avec l'organisation, elle ou il peut commencer à envisager de partir.

Comment le télétravail partiel optimise la loyauté :

Le mode hybride préserve les relations essentielles tout en offrant la flexibilité appréciée. Les jours de présentiel permettent les moments informels qui tissent les liens (pause café, déjeuner ensemble, discussion spontanée). Les jours de télétravail offrent le confort et l'autonomie. Cette combinaison peut même renforcer la loyauté car l'équilibre offert par l'organisation est très apprécié.

Dans le contexte actuel de pénurie de certains profils, le télétravail partiel devient un atout d'attractivité et de rétention. 

Conditions de réussite

  • Moments collectifs préservés : Déjeuner d'équipe mensuel, séminaire trimestriel, célébrations qui recréent le lien affectif. 
  • Encourager l'entraide : Créer des binômes, inciter les collègues à s'appeler entre eux, valoriser la solidarité.
  • Écouter les besoins : Proposer du télétravail ne suffit pas, il faut ajuster selon les retours. Certains préfèrent plus de présentiel, d'autres plus de distance

Recommandations pratiques pour optimiser le télétravail dans le secteur public

Pour les organisations :

  • Proposer un mode hybride (40-50% télétravail maximum) plutôt que 100% présentiel ou 100% télétravail
  • Établir une charte claire : droits, devoirs, horaires, droit à la déconnexion
  • Former managers et collaborateurs et collaboratrices à ce mode de travail (organisation, limites, communication)
  • Analyser régulièrement les impacts et ajuster

Pour les managers :

  • Définir des jours de présence collective pour maintenir la cohésion
  • Fixer des objectifs clairs plutôt que contrôler le temps
  • Multiplier les signes de reconnaissance à distance
  • Détecter les signaux de désengagement ou de surtravail
  • Montrer l'exemple en respectant les limites horaires

Pour les collaborateurs et collaboratrices :

  • Planifier des plages horaires fixes et s'y tenir
  • Séparer vie professionnelle et personnelle (espace dédié si possible, horaires stricts)
  • Maintenir les liens avec les collègues (ne pas rester isolé)
  • Communiquer ses besoins et ses limites au manager
  • Se reconnecter régulièrement au sens de sa mission publique

Conclusion : le télétravail partiel comme levier d'optimisation

Le télétravail partiel, loin d'être une menace pour l'implication des collaborateurs et collaboratrices, peut devenir un levier d'optimisation quand il est correctement encadré. Il offre l'autonomie et la flexibilité qui renforcent l'engagement tout en préservant, par les jours de présentiel, l'identification et la loyauté essentielles au service public.

La prudence du secteur public face au télétravail est compréhensible : la mission de service aux citoyens, la culture institutionnelle, les contraintes de continuité imposent des réflexions spécifiques. Mais dans un contexte de transformation du travail et de concurrence pour attirer les talents, proposer un télétravail partiel bien pensé n'est plus une option, c'est une nécessité stratégique.

L'enjeu n'est pas de généraliser le télétravail, mais de trouver le bon équilibre : celui qui préserve les trois dimensions de l'implication (identification, engagement, loyauté) tout en offrant aux collaborateurs et collaboratrices l'autonomie et la flexibilité qu'ils recherchent aujourd'hui. C'est en cultivant cet équilibre que les organisations publiques construisent l'engagement durable de leur personnel.

Recherche